La Ballade des Pendus
Lundi 17 Novembre 2008
Le poème que j'ai eu la joie de découvrir dans cet espace magique (Internet) m'a renvoyé au temps où j'étais au collège ! C'est à ce palier que le prof de français a eu l'amabilité de nous programmer cette épitaphe. Je l'ai gardé en mémoire, des décennies. Jusqu'à ce jour je peux réciter aisément les 10 premiers lignes. Durant ma longue carrière dans l'enseignement, je me suis à chaque fois été confronté à une telle ambiguïté, plutôt à ce paradoxe, car, je n'ai à aucun moment relevé un excellent élève qui a un comportement de « garçon voyou» ! C'est une des raisons qui m'a incité à insérer ce poème dans mon blog, pour méditer. Au fait, c'est abasourdissant et cruel de lire … Quant de la chair, que trop avons nourrie, elle est déjà dévorée et pourrie, Et nous, les os, devenons cendre et poudre…
François de Montcorbier (François Villon) est né à Paris en 1431 ou 1432. Issu d'une famille pauvre, il est orphelin très jeune. Villon est recueilli par Guillaume de Villon, un Chanoine de l'église Saint-Benoit-le-Bétourné.
De 1443 à 1452, Villon est étudiant à Paris. Bachelier en 1449, licencié puis maître ès Arts de l'Université de Paris, Villon semble destiné à devenir clerc.
Or, il fréquente des brigands et devient très vite un « mauvais garçon » : il est condamné à plusieurs reprises. Il ira jusqu'à blesser mortellement un prêtre au cours d'une rixe…
Tantôt exilé, tantôt voyageur, il passe par Blois où il participe au « Concours de Blois » à la cour du duc Charles d'Orléans.
Les deux œuvres principales de Villon sont le Lais et le Testament. Quant à la Ballade des pendus, elle aurait été écrite lorsque Villon s'attendait à être pendu après sa condamnation. Sa peine aurait été ensuite commuée en peine d'exil.
En 1463, Villon disparaît sans laisser de traces, après une seconde peine d'exil.
L'Epitaphe en forme de ballade que fit Villon pour lui et ses compagnons, s'attendant à être pendu avec eux.
Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous merci,
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six,
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas le sens rassis
Excusez nous, puis que sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
La pluie nous a debués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis ;
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis ça, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetez d'oiseaux que dès à coudre,
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Prince Jésus, qui sur tous a maîtrie,
Gardez qu'Enfer n'aie de nous seigneurie.
A lui n'avons que faire ni que soudre.
Hommes, ici n'aient point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Pieçà : déjà, depuis longtemps
Transi : passé dans l'au-delà
Harier : poursuivre à cor et à cris
Debuer : passer à la lessive
Soudre : résoudre une difficulté
Sélectionné par Hocine T. Nov.2008
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