Attentat à Batna

Samedi 08 Septembre 2007

 

             

           

  

 

    

22 morts et 107 blessés, bilan provisoire, dans un attentat à la bombe à Batna, perpétré Jeudi 06 Septembre 2007.

On a voulu tuer Bouteflika.

 

       CHRONOLOGIE

 

Le scénario le plus craint a failli arriver. Une bombe, qui devait être actionnée au passage du président Bouteflika à Batna, a explosé un quart d'heure avant son passage, tuant une vingtaine d'Algériens venus accueillir le Président. Pourquoi et comment a-t-on voulu assassiner le Président ?

À une semaine du 11 septembre, date fétiche du terrorisme international, du début du Ramadhan et d'une rentrée sociale inquiétante, un attentat contre le Président aurait jeté l'Algérie dans une situation chaotique. Pourtant, les indices politiques d'un pourrissement de la situation n'ont pas manqué. La campagne d'intox sur l'état de santé du Président a rendu le climat de ce mois d'août vicié, déjà alourdi par la polémique en rafales entre le général Touati et l'ancien Premier ministre, Belaïd Abdesselam.

              * Un contexte propice

   
Dans un contexte complètement délétère, la sortie du président Bouteflika dans un périple à l'Est, probablement la dernière avant le Ramadhan, offrait la seule opportunité aux commanditaires de l'attentat de lancer un message. Il faut dire que le décès du général Smaïn Lamari, numéro 2 du DRS, a davantage accru cette atmosphère d'incertitude sur la capacité de réaction de l'État en ces temps durs. Une brèche dans laquelle s'est engouffré Ali Benhadj, l'ancien numéro 2 du FIS avec des déclarations incendiaires qui ont trouvé leur corollaire avec l'attentat de ce 6 septembre.
Avec l'attentat contre Mustapha Kertali, la montée au créneau de Madani Mezrag, ancien "émir" de l'AIS dissous, et le refus persistant de Zerhouni de refuser le retour des islamistes sur la scène politique, la situation était d'une tension palpable. Si l'on y ajoute le dernier communiqué de Droukdel, l'"émir" du GSPC promettant des actions extrêmes contre "le président Bouteflika (…), les leaders de l'AIS et les partisans de la réconciliation nationale", il serait logique de considérer que les terroristes ont trouvé une ouverture idéale à Batna, alors que l'État algérien traverse une zone de turbulences.

                     * Les faits

  


Qu'il s'agisse d'un kamikaze prêt à se "sacrifier" ou d'un terroriste qui devait lancer la bombe contre le président Bouteflika quand ce dernier serre la main à la foule — une tradition hautement risquée lors de ses déplacements —, le procédé choisi est classique. Une bombe artisanale de moyenne puissance jetée dans un périmètre étroit avec une forte densité humaine fait des dégâts inéluctables comme le prouvent le dramatique bilan de Batna et surtout le nombre de blessés qui dépasse la centaine.
Le choix de la bombe est également un gage de réussite puisque l'attentat est imparable. À moins d'interdire tout sac dans le périmètre du président Bouteflika (ce qui est quasiment impossible), ce type d'attentat est plus efficace que celui d'un tireur isolé. D'ailleurs, si ce n'était la vigilance des citoyens (qui avaient remarqué le comportement nerveux et excité du terroriste) et dont certains ont payé de leur vie, l'attentat aurait pu réussir.
D'ailleurs, le ministre de l'Intérieur a prévenu que ce genre d'attentat pouvait "se dérouler n'importe où ailleurs" et que les "attentats à la bombe sont les plus faciles à mettre en œuvre".

          * La réaction de Bouteflika

               

En étant à Timgad, à 25 km du centre-ville de Batna, le président Bouteflika a tenu à se rendre sur place et rendre visite aux blessés à l'hôpital. Si en pareil cas, ce sont les services secrets chargés de sa protection qui déterminent les moyens et les voies d'évacuation du Président, Bouteflika a agi d'abord en homme d'État et en homme politique, en revenant sur les lieux de l'attentat dans une ambiance électrique et menaçante.
Fait inhabituel, le président Bouteflika a réagi à chaud. Lui, à qui l'on a reproché de ne pas avoir dit un mot après les attentats à Alger du 11 avril, préférant ne pas surdimensionner l'acte terroriste et ne lui donner plus d'impact qu'il n'avait, a préféré, cette fois-ci, répondre du tac au tac en lançant quelques messages assez sibyllins : "Je dis au peuple algérien et au monde entier que nous avons choisi la voie de la réconciliation nationale. Nous n'y renoncerons pas, quel que soit le prix à payer (…) Nous rejetons aussi bien l'extrémisme des islamistes que celui des laïques (…). Les auteurs d'actes terroristes œuvrent pour le compte de capitales étrangères et de dirigeants étrangers."
Se savait-il ciblé ? Certainement, mais le Président qui campe sur ses positions réconciliatrices a fait valoir un acharnement à décliner la voie "stratégique" de la réconciliation nationale qui peut faire grincer des dents en pareilles circonstances. À l'image des déclarations de Belkhadem, une demi-heure après les attentats du Palais du gouvernement pas toujours comprises en de telles circonstances.
Mais au-delà des mots, ce sont les actes de Bouteflika qui retiennent l'attention. Il ne quitte pas une Batna meurtrie et qui aurait pu être un second Annaba, décide de reprendre les points de la visite annulée la veille, mais surtout fait preuve de davantage de proximité avec les victimes et leur famille comme la communion lors de la prière de ce vendredi. Si l'on a reproché par le passé à Bouteflika une distance vis-à-vis des familles de victimes du terrorisme, l'épreuve de Batna a fait changer d'avis au Président. Lui qui ne veut pas que ses choix soient dictés par l'émotion collective, il a fait fi de certains calculs politiciens pour se rapprocher des gens.

                   * Pourquoi Batna ?

  

               

  
Il faut dire que le choix de Batna n'est pas fortuit. Même si l'axe connu du GSPC est dans la zone II (Tizi Ouzou-Boumerdès-Bouira), l'extension du groupe salafiste à l'Est n'est pas considérée comme faible (Annaba, Skikda, Tébessa, Khenchela et Batna).
Or, de toutes les étapes du voyage présidentiel, c'est à Batna que la bombe a été programmée. Il faut dire que le calcul politique sous-jacent est évident. Les commanditaires du terrorisme maîtrisent mieux que quiconque les soubassements régionaux des luttes du pouvoir et préfèrent brouiller les pistes en ajoutant des ingrédients faciles à la spéculation.
Batna, valeureuse Wilaya 1 durant la Révolution, anciennement épicentre du pouvoir politique, fief de plusieurs généraux de l'armée, wilaya dont est issu l'ancien adversaire de Bouteflika en 2004, Ali Benflis, présente ces ingrédients que recherche un terrorisme planificateur et sournois. Si l'on y ajoute que le groupe de la Zone 6, celui du Sud de Mokhtar Belmokhtar, est en majorité originaire de cette ville, et que Batna est un point de jonction du GSPC (plusieurs réunions des chefs du GSPC avaient été élaborées dans les Aurès dont celle de l'émissaire d'al-Qaïda en 2004), le choix est loin d'être un hasard.

   

         * Et si Bouteflika avait été atteint ?

 

    
La question est lourde de conséquences. Ce scénario est la pire chose à envisager même s'il doit être envisagé à la lumière des évènements de Batna. Il est évident que le Président n'était pas sur les lieux, mais cet attentat lui était destiné.
Le message du GSPC et de leurs commanditaires, que Bouteflika semble préciser dans les "capitales étrangères" accréditant la thèse d'un terrorisme en Algérie encore alimenté par des officines extérieures, est que le président algérien n'est pas "invulnérable".
D'abord, le Palais du gouvernement, s'ensuivent des casernes, les attentats du GSPC depuis le 11 avril supposent une réévaluation des cibles par le haut afin de convaincre l'opinion nationale, mais surtout internationale que le GSPC a l'étoffe d'al-Qaïda.
Il est également évident que Bouteflika touché, c'est toute l'Algérie qui sera fragilisée au plus haut point.
Désorganiser l'État, porter un coup terrible au moral des Algériens, déjà assez entamé, affaiblir la capacité réactive de la lutte antiterroriste, faire définitivement échouer la politique de la réconciliation nationale et isoler l'Algérie au niveau international sont parmi les objectifs premiers de cet attentat.

 

   

Aux urgences de l'hôpital

Une nuit cauchemardesque

 

 

 

Le dernier bilan de l'attentat-suicide, perpétré à Batna, fait état de 22 décès et 105 blessés dont certains dans un état grave. Parmi les blessés évacués aux urgences, 26 ont quitté l'hôpital après une nuit passée en observation, selon les services du centre hospitalo-universitaire de Batna.
Le centre hospitalo-universitaire de batna était au branle-bas de combat toute la nuit de ce lâche attentat qui a coûté la vie à une vingtaine de personnes et a fait une centaine de blessés. Le personnel médical a veillé tard.

        
Des interventions chirurgicales  ont duré jusqu'au matin et se poursuivent toujours. Le personnel médical se rappelle  ce déferlement des ambulances commencé dès 17h20 transportant les décès et les blessés de l'attentat. "Je ne vous cache pas. À la triste nouvelle et à l'afflux des morts et des blessés en même temps à l'hôpital, il y a eu un vent de panique, mais, très vite le personnel paramédical et médical s'est ressaisi pour accomplir son devoir", nous raconte un surveillant du CHU.

  

Le tri des décès et des blessés a été, dans un premier temps, opéré sur les lieux par les ambulanciers. Ensuite, le grand travail a été effectué à l'hôpital. Après le service des urgences, les blessés sont admis et dispatchés sur les différentes structures lourdes du CHU.
Il y a ceux qui étaient gardés au service des urgences et ceux qui étaient orientés aux premier, troisième et quatrième étages et même au service de réanimation. On nous signale plusieurs amputations des membres. Pour le directeur de la santé de la wilaya de Batna, rencontré devant les urgences, "le dispositif de la prise en charge des blessés a bénéficié aussi de l'aide précieuse apportée par les cliniques privées". solidarité oblige !

Selon le même responsable, "l'évacuation des décès et des blessés vers le CHU de Batna a nécessité l'engagement de 30 ambulances dont 20 du secteur de la santé et 10 de la protection civile de Batna".
Pour ce qui est de l'approvisionnement en médicaments, les responsables de la pharmacie Bouzid, rencontrés devant la surveillance du CHU, rassurent. "Les médicaments sont disponibles", précise l'un d'eux. Un médecin, rencontré dans les couloirs, a soulevé le problème de sang qui pourrait, selon ses termes, se poser dans les heures qui suivent surtout que les blessures corporelles occasionnées par la déflagration de la bombe sont très graves.

    

Depuis le lâche attentat de jeudi, le centre hospitalo-universitaire de Batna s'est transformé en une grande ruche. Le mouvement est incessant. Là où nous sommes passés la nuit du drame, soit dans les services des urgences, soit dans les services de l'hôpital, les lits étaient complets.
Devant les services, les foules compactes, postées aux entrées pour avoir des informations sur la santé de leurs proches, ne facilitent pas le transport des malades. Il a été observé un autre dysfonctionnement dans l'affichage : les listes des blessés étaient affichées à l'intérieur du hall des urgences, ce qui a beaucoup gêné le fonctionnement du service.


n'étant pas en possession des informations pour orienter directement les familles des blessés dans les services, afin d'éviter les va-et-vient dans les couloirs, le service des informations était inopérant. Hier, à l'heure où nous mettons sous presse, Batna est encore sous le choc.

 

Conference de presse de Zerhouni

                  

Le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, Nourddine Yazid Zerhouni, a animé, jeudi dernier, une conférence de presse tout de suite après l'attentat à la bombe qui a ciblé la ville de Batna. Après une minute de silence à la mémoire des victimes de l'attentat, le ministre de l'Intérieur a donné les premiers éléments d'information sur l'engin explosif. "D'après les premières indications, il s'agit d'une personne suspecte qui avait un engin à la main et au moment où un policier l'a interpellée, elle est tombée et la bombe à explosé." Donnant un premier bilan arrêté à 18h indiquant 6 morts au moment de la déflagration et 8 autres à l'hôpital, ainsi qu'une soixantaine de blessés, Zerhouni a expliqué que la plupart de ces blessés allaient quitter le CHU de Batna dans la nuit.

Livrant à ce propos son commentaire à chaud, le ministre de l'Intérieur indiquera que cette opération est contraire aux aspirations de notre peuple. "Vous avez remarqué la participation massive des citoyens à la visite du Président à Batna et le programme du Président pour cette wilaya sort de l'ordinaire. L'eau a atteint Barika et même plusieurs autres régions de Batna." 

     

Évoquant le barrage de Béni Haroun de la wilaya de Mila, Zerhouni a indiqué qu'"on a rencontré plusieurs difficultés liées à ce projet qui dénote la volonté de notre peuple à vivre mieux". Revenant au sujet du jour, le membre du gouvernement notera que "cette position de la population est en contradiction avec les objectifs des criminels qui ont tenté de déstabiliser le pays". "J'ai dit à plusieurs occasions que la bombe est le moyen le plus facile de s'attaquer à la population", relève encore le ministre tout en expliquant que "cela dénote la faiblesse des groupes terroristes".

Son argument est que "ça ne demande pas beaucoup de moyens pour faire ce genre de bombes". Pour le ministre "avec la volonté, la mobilisation et une position unifiée, on peut mettre en échec  ce genre d'opération".
À la question de savoir si les services de sécurité disposent de moyens pour détecter et désarmer ce genre d'engins, M. Zerhouni dira que "nous ne sommes pas parfaits, et le matériel utilisé par les terroristes est en constante évolution". "On n'a jamais dit qu'on était à l'abri de ce genre d'opérations et que le risque zéro n'existe pas." 

Annonçant la décision du président de la République de passer la nuit de jeudi à Batna en signe de solidarité avec la population de cette wilaya, l'orateur expliquera que le programme de la visite sera maintenu et que "les bains de foule dépendent de la population". Et de déclarer : "Je pense que les gens de Batna sont courageux !"

Interrogé sur la possibilité que l'attentat soit l'œuvre d'un kamikaze, M. Zerhouni a répondu que cette hypothèse n'était pas à exclure.
Sur la question de la gestion de l'information sécuritaire et des commentaires du ministre par rapport à ceux que publient des communiqués du GSPC, M. Zerhouni dira que "la meilleure façon est de jouer la transparence". "Il reste, dira-t-il, la manière dont les médias traitent et donnent l'information", tout en notant que "nous donnons l'information brute". Cependant, dit-il, "nous n'avons pas le droit d'alarmer la population mais plutôt de susciter l'adhésion de la population contre le terrorisme", dit-il.

Questionné sur le fait que le groupe salafiste a déjà annoncé qu'il s'en prendrait au cortège présidentiel dans le cadre d'une stratégie, M. Zerhouni dira que "stratégie est un grand mot, pour moi elle confirme qu'ils ont utilisé des bombes faciles à fabriquer".
Et de préciser : "Ma lecture est que leurs moyens sont réduits, chacun d'eux peut utiliser l'attentat à la bombe de plus en plus pour chercher un écho médiatique. Aux médias de ne pas tomber dans le piège", recommande-t-il.

   

            * À qui profite le crime ?

   


"Pas à la population, en tout cas", dit-il, notant que "ça peut profiter à l'étranger. Plus précis, il dira qu'"il y a des éléments et des intérêts qui ne veulent pas que l'Algérie revienne sur la scène internationale". Dans le même ordre d'idées, il dira : "Je n'exclus pas que les auteurs des attentats ont un contact avec l'étranger, mais je ne peux pas l'affirmer".
Il a lié cela aux rumeurs sur la santé du Président qui, dit-il, "n'a pas dénoncé l'attentat de Batna. L'attentat de Batna peut être exécuté par des éléments de Batna, mais probablement préparé de l'étranger", dira encore Zerhouni.

Interrogé à propos de la conduite à tenir par rapport à ces attentats, le ministre dira que "c'est un sujet à débattre et vous en tant que journalistes vous devez nous aider".
Questionné à propos de la provenance des explosifs, est-ce des frontières, il dira : "La bombe étant d'une puissance relative, elle est de fabrication artisanale avec des composants vendus partout. Il y a aussi aux frontières des milliers de mines qui datent de l'époque coloniale. 4 mines peuvent servir à fabriquer des bombes de forte puissance", note M. Zerhouni.
Sur la lutte antiterroriste, le ministre dira qu'il y a eu une augmentation des ressources humaines pour ce faire. Il s'agit aussi d'adapter les éléments de l'ANP aux nouveaux moyens. 

  

       Bilan de l'attentat

 

          

 

L'attentat perpétré jeudi à Batna, visant un cortège présidentiel, a fait 22 morts et 107 blessés parmi la foule qui attendait le passage du président Abdelaziz Bouteflika.

 Selon un nouveau bilan annoncé hier après-midi par la Radio nationale. Sur les 107 blessés recensés, 36 avaient quitté l'hôpital hier matin. Le précédent bilan faisait état de 19 morts et plus de 60 blessés.

L'auteur de l'attentat   identifie

Il s'appelle Abou Mokdad

     

L'auteur de l'attentat terroriste perpétré jeudi à Batna serait un certain Abou Mokdad, selon des témoignages concordants. "Il s'agirait, selon plusieurs témoignages concordants, d'un certain Abou Mokdad, âgé d'environ 28 ans", a déclaré à l'APS M. Yazid Zerhouni, ministre d'État, ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, en marge de la visite du président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika à Batna. Ce terroriste "faisait partie d'un groupe qui activait à l'ouest du pays et qui, depuis trois ans, sous la pression des forces de sécurité, s'est déplacé vers Batna", a-t-il précisé. Le ministre a fait savoir que l'identité de l'auteur de l'attentat de Batna sera connue d'une façon certaine après les résultats des tests ADN, ajoutant qu'Abou Mokdad était seulement un pseudonyme.

 

                  Le jour d'apres

   Batna, ville morte

 

       

Batna donnait, hier vendredi au lendemain de l'attentat à la bombe, l'image d'une ville morte. On aurait dit une ville fantôme. Sa population connue pour être une lève-tôt s'est gardée pourtant, ce vendredi, de sortir dehors. À 8h du matin, il était très difficile de rencontrer des citoyens dans les rues de cette ville qui pourtant accueillaient en masse, la veille, le président de la République. Même les commerces avaient baissé rideau, il n'y avait que certains magasins d'alimentation générale et des cafés ouverts. Mais il était très visible et très remarquable que quelque chose venait de se passer. L'attentat à la bombe de la veille, ciblant des citoyens à proximité du cortège présidentiel, avait semé la psychose parmi la population.

À 9h, à peine 10 mn avant la venue du président de la République au centre-ville pour la pose de la première pierre du projet de couverture de l'oued traversant cette ville, il n'y avait personne dans la rue, sauf les membres de la délégation officielle.

Un dispositif sécuritaire avait été placé, très tôt le matin, pour accueillir les citoyens venant acclamer le Président. Sauf qu'il n'y avait personne. À peine 5 mn avant l'arrivée du Président, une cinquantaine de citoyens se sont installés derrière le dispositif pour scander Tahya le Président, vive le Président".

 

Le Président, qui devait initialement inaugurer le projet de couverture de l'oued, s'est finalement dirigé vers ces citoyens en leur donnant sa main. Hormis ces citoyens, tous les autres points visités par le Président (inauguration de la station de pompage des eaux pour 4 centres urbains de la wilaya, pose de la première pierre de projet de réalisation d'une station d'épuration, inauguration de la station de traitement des eaux du barrage Koudiet-Meddour, inauguration de la station de pompage des eaux pour 6 centres urbains de Khenchela) étaient pratiquement déserts.

Ce n'est que vers 12h que des citoyens ont envahi le siège de la wilaya en nombre. Ils étaient 300 environ et ils venaient de marcher du lieu de l'attentat au siège de la wilaya pour dire "Non au terrorisme." "La lilirhab (non au terrorisme), Oui pour la réconciliation", "Djeïch châab mâak ya Bouteflika, Bouteflika, ouhda talita" (Bouteflika pour un 3e mandat), scandaient, entre autres, ces citoyens rejoints par la suite pour le ministre de l'Intérieur, Nourddine Zerhouni.

La visite du président de la République s'est achevée hier vers 14h à l'issue de la prière du vendredi. Le président de la République a tenu à assister  à la prière du vendredi ainsi qu'à la prière des morts à la mosquée du 1er-Novembre de Batna, où les dépouilles des victimes de l'attentat ont été acheminées. Aux abords de la mosquée, une foule nombreuse et surtout silencieuse était venue assister même à distance à la prière.

Priere a la memoire des victimes

       

         

       

Le président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, a accompli, vendredi après-midi, à la mosquée du 1er-Novembre de Batna, la prière des morts à la mémoire des victimes de l'attentat terroriste perpétré, jeudi, dans cette wilaya.

Des milliers de fidèles ont pris part à la prière. Les éléments de la protection civile ont acheminé deux autres dépouilles funèbres en plus de sept déposées auparavant, vers la mosquée, soit neuf corps de victimes de cet attentat, alors que les autres ont été transférées vers leurs localités respectives d'origine, selon les vœux de leurs familles. Le Chef de l'État a présenté, à cette occasion, ses condoléances aux familles des victimes de l'attentat terroriste.

   

  TEMOIGNAGE de l'acte terroriste D'UN  journaliste DU JOURNAL " LIBERTE  "

                                  

  

Jeudi après-midi, sur le boulevard de la cité des 84-Logements, de part et d'autre du chemin que devait emprunter le cortège présidentiel des milliers de citoyens se sont entassés. Avec d'autres journalistes, j'étais sur les fameux escaliers de la cité en train de prendre des photos du site, soit le site du projet des travaux de couverture de l'oued qui traverse la ville de Batna.
La stèle, point d'arrêt du Président, était à 20 mètres de nous. Personne parmi la foule et les journalistes ne sait qui criait, qui est victime et qui est témoin oculaire d'un lâche attentat contre le président de la République qui ôtera la vie à pas moins d'une vingtaine d'entre eux et laissera des séquelles à vie pour une centaine d'autres.

Depuis les premières heures de la journée de ce jeudi, des mesures sécuritaires très renforcées ont été constatées dans la ville envahie par des grappes humaines de tous les âges et des deux sexes.
Aux environs de 13h30, le "baroud" de la fameuse "fantasia aurésienne", les chants des troupes folkloriques chaouies aux couleurs vives installées sur le boulevard, l'ambiance spécifique à la région.

Le mariage harmonieux entre ces tableaux féeriques, les grands portraits du président de la République et les drapeaux aux trois couleurs, annonçaient tout sauf le malheur qui allait venir. Vers 17h05, au moment où la gaieté s'est installée, un jeune d'une vingtaine d'années, lourdement habillé pour une journée ensoleillée et très perturbée, est remarqué au sein de la foule. À l'approche des agents des services de sécurité, il a entamé une petite course. En moins de 5 minutes, le lieu est secoué par une forte déflagration épaisse et noire fumée. La terre a tremblé sous nos pieds avec cette sensation de se perdre dans un éternel essoufflement.
Un silence amer dure le temps de dissipation de la fumée, puis la foule se perdait dans toutes les directions.

  

                                        

 

La première vision que j'ai eue, une fois revenue à moi, est l'image de cet homme qui courrait avec un enfant blessé sur les bras. Une fois l'épais nuage noir dissipé, un tableau sanguinaire se dévoila avec des corps entassés l'un à côté de l'autre. On arrive à peine à les différencier. En se rapprochant du lieu de l'explosion, on a remarqué tout en retenant une nausée de dégoût envers la bêtise humaine que les restes des corps humains ont été projetés à plusieurs mètres du point d'impact.
Les agents de la Police nationale se précipitaient à éloigner une foule désemparée du théâtre des évènements. Les youyous des femmes, qui fusaient il y a cinq minutes, ont laissé place à des cris de détresse et des gémissements de douleur.

Dans la mosquée d'en face, Al-Atique, on récitait des versets du Coran tandis que des jeunes couvraient les cadavres avec les banderoles qu'ils ont brandies une demi-heure avant. Sur les cadavres de certaines victimes de cet acte barbare on lisait "Oui à la Charte nationale".
Il faut dire que dans la confusion générale qui s'est emparée des lieux, l'évacuation des blessés a eu lieu dans le bus des journalistes. Cette situation a été rendue nécessaire en raison de l'impossibilité pour les ambulances et les voitures de la Protection civile d'accéder au lieu du drame compte tenu de la cacophonie qui s'est emparée de la foule. Et le Président ?

Le Président et son cortège avaient fait du retard. Ils devaient, en effet, arriver vers 17h10, à la rue Larbi-Tébessi. Ce retard lui a évité vraisemblablement d'être la cible de l'attentat.
Selon les premiers témoignages recueillis sur place, deux hypothèses expliquent l'attentat. La première parle d'un jeune de 30 ans qui tenait un sachet noir.

Interpellé par la police, ce jeune, dit-on, qui a pris la fuite a jeté le sachet sur la foule, d'où la déflagration. La seconde hypothèse évoque un kamikaze. Ce dernier portait une ceinture bourrée d'explosifs, explique-t-on.

      * Source : Journal « Liberté » Algérie.

    Textes et photos Sélectionnés par Hocine T. Septembre 2007

  



Article ajouté le 2007-09-08 , consulté 68 fois

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